Le masque de la vérité

J’arrive d’une visite chez Metro où j’espérais (en vain) me procurer les homards annoncés en spécial cette semaine. Masquée de mon bout de tissus, je remarque que la moitié de la clientèle a le visage dénudé. Car la première chose qu’on fait quand on se couvre le visage, c’est de jeter un œil sur la meute: il y a le clan de ceux qui portent un masque et les autres. Chacun s’observe avec méfiance. Qui a raison?

Ça me ramène à mon dernier billet de blogue, où je mentionnais que lors d’un cours d’épistémologie (la science de la science) à la session d’automne, j’ai pris conscience que la vérité n’existait pas…et je mentionnais que j’allais un jour écrire là-dessus alors voilà. 

Pour la petite histoire, transportons-nous en octobre dernier. Mon fils, pour mon anniversaire, m’offre des billets pour un concert de l’orchestre du Centre national des arts (CNA) avec un virtuose violoniste invité. Je ne suis pas une fan de la grande salle du CNA que je trouve généralement trop vaste, trop froide. Ce n’est que le jour de la prestation, en sortant mes billets de l’armoire, que je découvre que nos places sont dans la deuxième rangée en plein centre. Wow! On se faufile donc dans nos précieux sièges, chéri et moi, et on s’installe pour ce qui allait être une soirée mémorable. Je m’assois et dès les premières notes, j’oublie rapidement les centaines de badauds derrière nous.  « Dans notre face »: le chef d’orchestre, le virtuose, et la première rangée de violons. Je ne vois pas les autres musiciens cordés au second plan. Je les entends et je devine leur présence bien sûr, mais toute mon attention est portée sur le violoniste invité, le chef, leurs mouvements, leurs expressions, leur concentration, leur passion. Je m’imprègne de tous ces petits détails que je n’aurais pas remarqués si j’étais assise ailleurs… Je ne suis pas une experte en musique classique, j’apprécie la performance sans jugement préconçu et sans attentes. Je me laisse bercer par la musique et comme c’est souvent le cas dans ce genre de situation, mon esprit s’envole…Et du coup, je réalise qu’après la soirée, si je demandais à d’autres personnes de me raconter leur expérience, que ce soit une musicienne membre de l’orchestre, un spectateur assis derrière une personne qui mesure 6 pieds 4, un autre au deuxième balcon, voire même un employé à la régie… leurs témoignages seraient tous différents. Pourtant, nous étions tous à la même prestation, au même endroit, au même moment. 

L’expérience que j’ai vécue en ce mardi soir de novembre, c’est mon expérience à moi. « Ma vérité » à moi. Mais celle de l’autre, n’est-elle pas aussi valable que la mienne? En effet, chacun témoignera de cet événement selon son propre point de vue, sa perspective, sa culture, son éducation et ses fonctions. Tous les témoignages seront pertinents. Tous seront valables, mais différents. Vous me suivez? Donc c’est pour ça qu’en vérité (!)… la vérité n’existe pas. Mais heureusement, comme me le rappelle mon cher directeur de thèse, on peut s’en rapprocher; la vérité se situerait quelque part à la convergence de tous ces points de vue. 

Dans la situation de la pandémie actuelle, tant du côté des scientifiques que des chefs d’État, tous semblent détenir « leur propre vérité », celle qu’ils interprètent en fonction de leur expertise, de leur éducation, de leur société, de leur culture, de leurs croyances et même – malheureusement – de leur intérêt personnel. L’expérience des personnes âgées diffère de celle des jeunes, des infirmières, des Chinois, du président américain et du bon Docteur Arruda. 

Revenons au masque. Doit-on le porter ou pas? Pour ma part en ce qui a trait au coronavirus, mon regard se porte vers l’Asie, dont les pays semblent premiers de classe en matière de gestion de la pandémie. Si la vérité se situe quelque part à la convergence de tous les points de vue, il faut donc savoir élargir ses horizons et multiplier les perspectives. Or, il semble y avoir une corrélation négative évidente entre le port du masque et la transmission du virus. Oui, ce n’est pas dans notre culture, mais une culture, ça se cultive… So, why not coconut?

Nathalie Brunette, consultante et stratège
Doctorante en gestion de projet à l’UQO

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