Ce matin, mon café avait un goût de mépris.
Ce matin, à Gatineau, je pense que plusieurs comme moi ont trouvé que leur café avait un goût de mépris. Encore.
L’annonce est tombée comme une brique : le provincial retire son financement pour le projet de tramway. On nous explique que « les priorités ont changé ». Traduction : Gatineau, tu repasseras. On a des lignes bleues à Montréal et un 3e lien imaginaire à Québec à financer, tsé. C’est l’histoire éternelle de notre région, traitée comme la plante verte malaimée dans le coin du bureau. Comme si le territoire du Québec se terminait à la hauteur de Montebello.
La 50, « l’autoroute de la mort », est le symbole ultime de notre statut de citoyens de seconde classe. Un ruban d’asphalte où l’on joue sa vie parce que l’État a décidé qu’on ne méritait pas des voies séparées sur toute la longueur. Alors nous, on se replie sur la bonne vieille 148. C’est ça, l’Outaouais : on économise sur notre sécurité pendant qu’on garroche des milliards ailleurs.
En santé et en éducation, on est sur le même régime. On est le parent pauvre, sous-financé, asphyxié. Notre réseau de santé est tellement moribond qu’il dépend de la charité du voisin ontarien pour ne pas imploser, tout comme nous pour ne pas expier à l’urgence en attente de soins. En passant, l’urgence à Hawksburry ça vaut le p’tit détour si vous êtes mal en point.
Alors on fait quoi? On déménage de l’autre bord? No thank you tiguidou.
Sérieusement, il me vient le rêve saugrenu de voir s’effacer la « ligne invisible » dans le fond de la rivière, que notre région métropolitaine de recensement en soit une pour de bon et pas seulement à des fins statistiques; sous une seule bannière, une seule gouverne. L’idée d’un « District fédéral d’Ottawa-Gatineau » commence à devenir attrayante…. Un peu à l’image de Canberra en Australie ou de Brasília au Brésil… Il parait que là-bas, les rails et les soins ne s’arrêtent pas brusquement au milieu d’un pont parce qu’un ministre à 500 km de là a changé d’humeur. La mairesse de Gatineau expliquait la semaine dernière, en commission parlementaire, que plus du tiers des terrains du centre-ville du secteur Hull appartenaient au fédéral. Tant qu’à faire…
Bon. D’accord. Un district fédéral, c’est une « chirurgie majeure » qui relève de la fantaisie. Ça peut sembler séduisant parce qu’on est écoeuré du statu quo, mais on risque de perdre notre langue et notre culture sur la table d’opération.
Alors, on fait quoi ? On attend que le prochain ministre nous lance une poignée de change ? Le citoyen de Gatineau doit cesser d’être un figurant poli. Si le système ne bouge pas, c’est qu’on ne l’a pas assez bousculé. Il faut briser le silence de la « région tranquille de fonctionnaires endormis » et exiger un statut particulier, une reconnaissance de notre réalité frontalière et l’argent qui viennent avec.
Nathalie Brunette